Liana Levi

  • On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Eddy le sait. Pourtant il décide, trente ans après une première descente du Mississippi en canoë, de réitérer l'exploit. Mais justement, ce n'est pas l'exploit qui l'intéresse cette fois. Il n'a rien à se prouver. Il veut juste prendre la mesure du temps écoulé. Eddy a changé, le fleuve a changé, le pays a changé. Avec Obama à la Maison-Blanche, les tensions raciales se sont paradoxalement aggravées. Quelque chose flotte dans l'air, prémices d'un changement plus radical. Descendre le cours mythique du Mississippi, c'est traverser les lieux emblématiques d'un passé plus violent que glorieux, et le regarder en face. S'interroger sur les peuples qui vivaient sur ces terres avant l'arrivée des Européens. Évoquer, au gré des rencontres, les actions humaines, bonnes ou mauvaises, sur le milieu naturel. Mais aussi se laisser porter par le hasard, les flots tantôt calmes, tantôt impétueux, et par le fil de pensées vagabondes.

  • Invisible Nouv.

    Enfant, le narrateur de ce roman l'a été trop brièvement. Dès l'âge de sept ans, il se pense «invisible». Invisible pour ses parents occupés par leurs conflits personnels. Invisible pour ceux qui le croisent dans la rue et ne voient que sa couleur de peau. Et invisible pour l'État italien, car il lui est impossible d'obtenir la nationalité de ce pays dans lequel il est né de parents étrangers. Quelle est alors son identité puisqu'il ne connaît pas l'Angola, terre de ses ancêtres? Replie´ sur lui-même, Zéro -c'est ainsi qu'on le surnomme- encaisse les coups durs à chaque étape de sa vie: à sept ans, la séparation de ses parents. À huit ans l'arrivée d'un Blanc raciste auprès de sa mère. Parti vivre a` neuf ans chez son père, il découvre le rap et l'amitié avec des garçons de son âge, tous enfants d'immigrés, des amis qui deviendront «son pays, sa maison, sa famille». Sur le toit du centre commercial, ils auront le sentiment euphorique d'être sur le toit du monde et se soutiendront sans mollir pour se faire une place dans la société et ne plus être invisibles.

  • Il pleuvait à torrents et personne, vraiment personne, n'était prêt à ouvrir sa porte, et surtout pas à ces individus. Oui, il y avait des Blancs parmi eux-les humanitaires qui les accompagnaient-mais ils étaient tout aussi étranges que les autres malheureux, mal fagotés et mal en point. Que venaient-ils faire, ces envahisseurs, dans notre petit village où il n'y avait plus de maire, plus d'école, où les trains ne passaient plus et où même nos enfants ne voulaient plus venir? Nous nous demandions comment les affronter, où les abriter puisqu'il le fallait. Eux aussi, les migrants, avaient l'air déboussolés. C'était pour ce coin perdu de Sardaigne, ce petit village délaissé, qu'ils avaient traversé, au péril de leur vie, la Méditerranée? C'était ça, l'Europe?

  • Pour que Jim, chauffeur Uber de soixante ans, voie la vie du bon côté, que faudrait-il? Une petite cure d'antidépresseurs? Non, c'est plus grave, docteur. De l'argent? Jim en a suffisamment. Au fond, ce qu'il veut, c'est qu'on lui fiche la paix dans ce monde déglingué. Et avoir affaire le moins possible a` son prochain, voire pas du tout. Alors, quand sa nouvelle voisine, flanquée d'un mari militaire et d'un fils de quatre ans, lui adresse la parole, un grain de sable se glisse dans les rouages bien huilés de sa vie solitaire et monotone. De quoi faire exploser son quota de relations sociales...
    En entremêlant les destins de ses personnages dans un roman plein de surprises, Levison donne le meilleur de lui-même, et nous livre sa vision du monde, drôle et désabusée.

  • 1936, Jaffa, Palestine. Ibrahim et Abraham, deux marchands de tissu voisins, l'un musulman d'Istanbul et l'autre juif d'Odessa, s'associent pour l'achat d'un précieux lot de coton égyptien. Mais lors d'un massacre, la famille d'Abraham est anéantie. Ibrahim, pour ne pas perdre son investissement et récupérer la part d'Abraham, décide d'usurper son identité. Miriam, sa femme, tente en vain de s'y opposer. Ibrahim, devenu Abraham, inventera, pour lui et pour sa fille, une variante inédite du marranisme. L'imposture aura plus tard des conséquences sur le destin de deux autres femmes.
    1938, en Italie. Giuditta, élevée dans une totale laïcité, découvre son appartenance juive alors que les lois raciales entrent en vigueur et l'obligent à la dissimuler pour affronter une vie pleine de dangers.
    En 1991, Esther, sa fille et troisième héroïne de ce roman, se voit proposer un drôle de mariage et sera prise malgré elle dans un imbroglio identitaire aux conséquences imprévisibles.
    D'Istanbul à Djerba, de Bâle à Miami, d'Ancône à Rome, ces vies dérobées tissent la trame d'un roman qui pose une question tout à fait contemporaine :
    De quoi nos identités sont-elles constituées ?

  • Quelle que soit notre vie, un imprévu peut la bouleverser à tout jamais. Pour Gabriele Santoro, professeur de piano, cet imprévu s'appelle Ciro, un garçon de dix ans qui surgit un jour de derrière son canapé. Comment est-il entré? Pourquoi se cache-t-il dans son appartement? Malgré lui, qui a délibérément choisi une solitude dans laquelle musique et poésie occupent une place privilégiée, il est très vite appelé à jouer un rôle de protecteur. Plus même, de père. Et ce rôle comporte des dangers certains, surtout dans cette partie malfamée de Naples où il vit depuis qu'il a quitté les beaux quartiers. Sans parler du danger qui accompagne la difficile remise en question de soi-même et des choix opérés dans son existence.

  • Le Mississippi. Un fleuve mythique qui descend du lac Itasca dans le Minnesota jusqu'au golfe du Mexique, en passant par Saint-Louis et La Nouvelle-Orléans. Impétueux et dangereux, il charrie des poissons argentés, des branches d'arbre arrachées, des tonnes de boue, mais aussi l'histoire du pays et les rêves d'aventure de ses habitants. À l'âge de trente ans, Eddy décide de répondre à l'appel de l'Old Man River, de suivre en canoë son parcours fascinant pour sonder le coeur de l'Amérique et le sien, tout en prenant la mesure du racisme, lui qui ne s'est jamais vraiment vécu comme Noir. Au passage, il expérimentera la puissance des éléments, la camaraderie des bateliers, l'admiration des curieux ou l'animosité de chasseurs éméchés. Mais aussi la peur et le bonheur d'être seul. Il en sortira riche d'une force nouvelle et d'un livre fondateur, publié en France pour la première fois.

  • C'est en 1770 que Georg Kempf, l'ancêtre du narrateur, poussé par la famine, décide de quitter le sud de l'Allemagne pour la « Transylvanie », où la terre est grasse et fertile. Comme d'autres miséreux il a été convaincu par un messager de Marie Thérèse, d'aller peupler ce territoire délaissé de l'Empire austro-hongrois. Les années passent et la famille Kempf jouit d'une situation confortable dans cette région de Croatie nommée Slavonie lorsque Hitler appelle les Volksdeutsche, les Allemands de « l'extérieur », à rejoindre ses forces armées. Dans la Waffen-SS, Georg Kempf, dernier du nom, vit le sort dramatique des « volontaires forcés ». Au moment où l'armée allemande essuie ses dernières défaites à l'Est, il parvient à s'enfuir dans la forêt polonaise, et à rejoindre, après de multiples rencontres, un groupe de maquisards soviéto-polonais. À la Libération, muni d'un certificat de combattant soviétique, il regagne sa terre natale, totalement changée, dans une Yougoslavie en pleine révolution. Là, il rencontre Vera, militante communiste. Une histoire d'amour se noue sans pour autant effacer les marques laissées par l'Histoire sur chacun d'eux et sur l'enfant né de cette union, le narrateur. Des marques qui demeurent toujours sensibles dans cette région des Balkans, aujourd'hui talon d'Achille de l'Europe.

  • 1901, Porto Empedocle. Comme beaucoup de Siciliens, Giuseppa choisit, avec son mari et ses quatre fils, de quitter son île et de tenter une traversée périlleuse vers une nouvelle vie en Tunisie. Certains fuient la misère, le choléra, ou la mafia. D'autres, comme elle, un destin contraire. Le temps de ce périple, elle se souvient... Abandonnée à l'âge de trois mois à la porte d'un couvent, elle a cru échapper au malheur en rencontrant Francesco. Mais celui-ci est né dans une famille de propriétaires terriens arrogants, qui s'acharnent à gâcher son existence. Giuseppa empoigne alors les rênes de sa vie, guidée par son nom, La Fortuna, comme par une bonne étoile. À travers cette femme simple et déterminée, ce roman retrace l'histoire peu connue des «Italo-Tunisiens» qui, il y a un siècle, ont quitté l'Europe pour l'Afrique du Nord.

  • En toile de fond le soleil, la mer et une petite ville proche de Naples.
    Du côté de Mario, le bouillonnant pizzaiolo, le Bien. Du côté du Piranha, cruel boss de la mafia locale, le Mal. Entre eux, un neveu trop gâté, un fils idéaliste et une fille rebelle. Derrière des aventures déjantées, portées par un suspense arrabbiato, se dessine le portrait d'une société qui se délite, où les rêves de réussite des jeunes laissent très peu de place à une volonté de changement.

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